Chapitre 266 : Le Sentier des Herbes Sauvages et des Fleurs -2

Dans la petite pièce, on chuchotait.

«Euh, Président, si nous faisons de nouveau appel au docteur Motafu, j’ai bien peur que cela ne lui attire vraiment de gros ennuis.»

Motafu s’était vu décerner, deux jours plus tôt, lors de la Commission du Patrimoine Scientifique, le titre de Haut-Commissaire Invité Spécial, celui de Docteur de l’Académie de Sciences Militaires de Keluen, ainsi que plusieurs médailles d’honneur.

Cette proposition, dans un monde normal — ou en faisant quelque chose de «normal» en cette époque — ne poserait bien sûr aucun problème.

Mais c’était précisément là que le problème était énorme à présent.

«Sans même parler de sa proposition, je pense même que ces deux jours-ci, nous devrions envoyer Motafu et ses équipes loin de ce continent.»

Les mains jointes de Ying Renyu se figèrent. «Président, voulez-vous dire que nous devrions encore confier à l’équipe de Cheng Yunze le soin d’emmener ces gens au-dessus de la ‘Mer en Rouleau’ pour y attendre la fin de l’Apocalypse ?»

Yang Zicang, en entendant le nom de Mer en Rouleau, réfléchit un bref instant, sans éprouver de sensation bien étrange. Le coin des lèvres retroussé, il secoua la tête :

«Non. Hum, laissez-moi arranger cela. Demain, je les emmènerai pour les éloigner deux jours. Ensuite, puisque le projet de conférence est déjà proposé, le reste — trouver le personnel, préparer les terrains d’essai — je vous le confie à tous.»

Son regard balaya les personnes présentes. La moitié d’entre elles étaient d’excellents «Candidats» ayant déjà embrasé un Éclat. Aussi Yang Zicang ne doutait-il pas qu’ils accompliraient cette tâche moins bien que lui.

«Cela ne pose bien sûr aucun problème.» Tous acquiescèrent d’un signe de tête.

Seul Zhao Anlong afficha un sourire léger, fixant ce type au visage amaigri. Il était certain que Yang Zicang allait faire quelque chose. Dire devant tout le monde qu’il emmenait l’équipe de Motafu n’était qu’un prétexte.

On continuait dans la pièce à discuter des personnes appropriées lorsque, soudain, un brouhaha et des bruits de course retentirent dans le couloir.

«Qu’y a-t-il ?» Bai Yuan tira la porte pour jeter un coup d’œil. Dans le couloir, un jeune homme en uniforme noir cria, affolé :

«Au feu ! Évacuez vite !»

«Quoi ?» Les participants à la réunion échangèrent des regards et durent abandonner leur rassemblement pour sortir voir ce qui se passait.

Une fois la panique terminée, Deleyano s’essuya la sueur et dit à Yang Zicang : «La réunion doit-elle continuer ? Il est presque cinq heures.»

Yang Zicang secoua la tête : «Je vais au quartier des Brumeux, voir si la lettre envoyée à mon ami a reçu une réponse.»

Vague avait perdu le contact depuis plus d’un demi-mois. Jusqu’à présent, il n’y avait aucune trace de lui à l’Hôtel Feilü, et il n’avait pas non plus renouvelé l’invitation pour une chambre au troisième étage. Aussi Yang Zicang s’inquiétait-il un peu de ce qui avait bien pu lui arriver.

Arrivé au quartier des Brumeux, Yang Zicang s’approcha du comptoir. La jolie fille de service le reconnut immédiatement.

«Monsieur le Président, la grande star~»

Yang Zicang sourit : «Vous êtes bien aimable. Je voudrais…»

«Vous avez du courrier, tiens.» La beauté blonde au maquillage appuyé tendit deux lettres.

Yang Zicang se réjouit. La première qu’il vit était celle de Vague.

Celle du dessous serait-elle de Kim Kleist ?

Il écarta la première lettre. Sous celle-ci, l’expéditeur indiquait toujours «Vague», deux caractères chinois tout tordus.

« Ah… » il soupira. «Merci.» Yang Zicang ouvrit les deux lettres ensemble. Puis ses yeux s’assombrirent.

Ce type, alors…

— Que se passe-t-il exactement à l’hôtel ? Une fois la sécurité confirmée, renvoie-moi une réponse s’il te plaît.

En dessous, encore une phrase.

— Pourquoi vous volez si vite dans le ciel, je n’arrive même pas à vous rattraper !

— Vous revenez à Hevenzok ? Grâce à toi, les responsables de la famille Haili sont sur le point de me vénérer comme un dieu. Si vous ne revenez pas bientôt, je reste ici !

— Par ailleurs, j’ai contacté beaucoup de combattants des guérillas pour aider les civils dans la région centrale du continent. Notre objectif de secourir deux cent mille personnes, il ne nous en manque plus que cinquante mille.

«Incroyable…»

Adossé au comptoir, le jeune homme pinça les lèvres et tapota légèrement le papier à lettres contre sa paume à plusieurs reprises, puis se tourna vers la dame à l’intérieur.

«Excusez-moi, aurais-je d’autre courrier ?»

«Non, Monsieur.»

Yang Zicang réfléchit. La dernière fois, la lettre de Kim Kleist était arrivée directement au parlement de Stedfenn. Vérifier maintenant serait un peu compliqué. Quant à se rendre directement à la chaîne de Jisuo, il ignorait s’ils étaient encore là-bas.

«Prêtez-moi un stylo. Le destinataire est cette personne.»

«Bien.»

Il écrivit prestement, paya un an de durée de vie en Chronos, puis s’en retourna en méditant.

Soudain, il entendit autour de lui des discussions sur le courant scientifique.

«Les gens vont mourir, et ils veulent encore faire le compte de ce que nous développons.»

«Ces choses-là, peut-on les divulguer à la légère ? Hélas, ce n’est qu’ici qu’on peut épancher son cœur franchement.»

À une dizaine de pas, appuyés contre le mur sur une rangée de chaises en bois couleur lie-de-vin, deux autochtones du Mùtao étaient assis, serrant leurs gobelets d’eau, un peu empruntés.

«Quel domaine comptes-tu développer ?»

«Faut-il le demander ? Plusieurs scientifiques que je connais veulent développer l’électronique et les ordinateurs. C’est ce qui offre le plus de perspectives.»

Les pas de Yang Zicang ralentirent un peu.

C’était à cause de la campagne de la Commission du Patrimoine Scientifique, de cette liste de noms, et de la renommée récente de l’équipe Motafu et de l’Arche du Monde, que surgissait, dans le peuple, cette vague de développement scientifique nouveau avant l’Apocalypse…

«Comment, moi aussi, hélas.»

L’homme au chapeau gris baissa la tête en gémissant, puis, se rappelant quelque chose, reprit : «Tiens, tu n’as pas encore dit ce que tu voulais développer.»

«Hé hé, moi je ne veux rien développer du tout. En ce moment, les cadavres de démons sont très recherchés. Beaucoup d’organisations en achètent en secret, pour en faire des armures pour quand viendra l’Apocalypse…»

«Tu refuses complètement la voie scientifique ? Tout le monde se démène…» Leurs voix s’abaissèrent jusqu’au murmure honteux, «…tu as des armures en cadavre de démon en trop…»

«Refuser complètement cette course effrénée…» murmura Yang Zicang pour lui-même. Il leva la tête vers les deux hommes assis, l’un bombant fièrement le torse, l’autre affalé en soupirant.

«Une nouvelle voie.»

Ses pas hésitèrent un instant avant de reprendre.

L’équipe de Motafu avait été rassemblée.

Ayant appris que le Président Yang Buchen allait les emmener se réfugier jusqu’à la fin de l’Apocalypse, la cour de cette demeure aux allures de château, encombrée de bagages entassés jusqu’au ciel, s’emplissait de rires et de joyeux bavardages.

Motafu, le manchot, se tenait tout guilleret devant la foule, savourant les compliments qui fusaient de toutes parts. À présent, le monde entier le connaissait, et même les soucis d’évitement de l’Apocalypse, ce souci du monde ordinaire, étaient arrangés pour lui par les Brumeux, doués de la plus haute capacité d’action. Comme tout cela était plaisant.

Un bruissement d’ailes retentit…

Il leva la tête vers le ciel un peu maussade. Une nuée d’oiseaux, venus de loin, volaient en groupe compact, déployant lentement leurs ailes vers le nord.

«Des oies sauvages, et aussi des hirondelles.»

Les voitures arrivèrent en vrombissant.

«Le Président Yang est arrivé.» La foule s’agglutina. Les valises furent chargées sur les camions, l’une après l’autre.

Un dirigeable à grande nacelle, déjà modifié, était stationné, prêt, dans la banlieue de Keluen.

Mais ce n’était qu’un leurre pour donner le change.

Quelques voitures transportèrent tout le monde hors de la ville. La silhouette gigantesque du dirigeable apparut peu à peu à leurs yeux.

«Que de cerfs.»

À peine sortis de la ville, ils virent un troupeau de bovins et d’ovins, mêlés à des cerfs sauvages surgis d’on ne sait où, traverser devant le convoi.

Sans la clôture en grillage qui l’entourait, le dirigeable aurait presque été englouti par la nacelle.

Après s’être frayé un chemin à travers la presse, le dirigeable décolla. Tous se pressaient encore aux hublots pour regarder en bas.

Accompagné de cris d’animaux, ce cortège, pareil à une vague de poils naturels et bigarrés, se déplaçait petit à petit vers l’autre extrémité de la terre, comme les foules de civils faisant la queue pour migrer vers les zones d’explosion nucléaire.

«Quelque pâturage a peut-être rencontré un problème.»

Yang Zicang songea au Berger de Moutons. Mais, comparé aux moutons noirs de la dernière fois, l’échelle des animaux en contrebas était bien plus petite. Et visiblement, ils ne faisaient que passer.

«Président Buchen, allons-nous rester à flotter dans le ciel tout le temps qu’il reste ?» L’un d’eux se retourna pour demander.

Yang Zicang sourit : «Je pense vous emmener vers la Mer de Brume. Quelques amis que je connais ont un petit poste là-bas. Mais il faudra attendre ce soir.»

«Ah ? C’est donc la Mer de Brume.»

Tous réfléchirent et comprirent. La Mer de Brume était effectivement l’endroit le plus sûr. Seulement, ce n’était qu’une mer de légende. Sans les Brumeux qui en émergeaient sans cesse, personne ne croirait à l’existence de la Mer de Brume, ni à celle du Continent de Brume.

«La Mer de Brume, c’est très bien. Je n’y suis encore jamais allé.»

«Le temps qui reste, considérons cela comme des vacances gratuites. Hélas, pour être honnête, quand je pense aux tragédies qui vont se produire sur terre, je ne peux pas du tout me réjouir.»

«Nos familles pourraient-elles être prises en charge par le Président ?»

«Je suis sûr qu’elles seront très bien chez elles.»

La discussion s’échauffa. Sans le fait qu’ils faisaient tous partie des participants au projet de la machine à télévision, ces gens, originaires de Hevenzok, auraient eu pour principale difficulté face au désastre de l’Apocalypse la pénurie de matériel et les possibles émeutes des réfugiés.

Le dirigeable se dirigea vers la zone des châssis vides de Stedfenn. La machine à télévision diffusait les images prises par les photographes à bord des dirigeables, venues du monde entier.

— «Une bonne nouvelle pour vous tous.»

— «D’après le porte-parole du Projet du Legs de Jinbei, Monsieur Jin Baiyun, ces deux derniers jours, le nombre d’éruptions de Vignes de Fer apocalyptiques dans notre monde a beaucoup diminué.»

— «Notre organisation est en train de confirmer avec des experts mondiaux des Lianes de l’Apocalypse si le Projet du Legs de Jinbei a déjà réussi à repousser la crise imminente de l’Apocalypse…»

Cette nouvelle fit sensation dans la nacelle.

Était-ce vraiment possible ? Cependant, s’il était vrai que le nombre d’éruptions de Vignes de Fer apocalyptiques avait chuté radicalement, passant de plus de cent par jour à vingt ou quarante à présent, alors la crise existait toujours, mais la possibilité que l’Apocalypse anéantisse toute vie sur terre avait bel et bien diminué.

«Messieurs.» Tout le monde tourna la tête vers Yang Zicang, les bras croisés, derrière eux.

Il réfléchit un instant, puis demanda : «Savez-vous, je vous prie, qui sont les experts en informatique ?»

À la tombée de la nuit, Yang Zicang avait recueilli une grande liasse de schémas de principes sur divers objets liés aux ordinateurs.

Ainsi que, pour une partie, les multiples propositions de conception informatique griffonnées par cette équipe après des journées entières de brainstorming.

Sous le couvert de la nuit, les passagers embarquèrent sur un tapis volant et s’envolèrent dans le ciel nocturne. Une fois loin du dirigeable, le vent mugit dans les hauteurs.

Dans un grondement, le Train Incube apparut dans les airs, en suspension au bord du tapis volant.

Cheng Yunze, qu’on n’avait pas vu depuis un bon moment, apparut à la porte. Il regarda Yang Zicang : «Tes amis étrangers sont déjà prêts.»

«Je pense qu’il vaudrait mieux qu’après avoir vérifié cette affaire, tu aides à les protéger. Je crains un accident.»

«Sois tranquille. J’ai déjà posté du personnel, et l’île qu’on a trouvée est assez secrète.»

Cheng Yunze regarda tout le monde monter dans le train. Enfin, il vit Yang Zicang glisser une liasse de papiers dans sa main.

«Ces plans, je te les confie pour vérification.»

Cheng Yunze hocha la tête, une faible lueur dans les yeux. Le voyant se retourner pour partir, Yang Zicang dit soudain : «Cette opération terminée, je voudrais t’inviter en un lieu.»

«Quoi ?» Cheng Yunze tourna légèrement la tête.

«Eh bien, cet hôtel où je loge en ce moment.»

Cheng Yunze hésita, puis sourit en hochant la tête : «D’accord. Je suis très impatient.»

Le petit Ma Chao salua, et le train se changea en vent pour s’en aller. Le silence revenu alentour, Yang Zicang fit aussitôt faire demi-tour au tapis volant pour regagner à toute vitesse la région centrale du continent.

Edgar Kim Kleist prit un fruit sur la table, alla le laver au petit robinet fixé au mur par des fils de fer, et le partagea entre les quelques personnes qui avaient fui les inondations de la montagne.

Ma Shuo reçut le fruit aigre-doux, semblable à une pomme, et croqua dedans avec un craquement sonore. Puis, se rendant compte de son impair, il regarda à côté un villageois sur le point de trancher le sien au couteau.

«Euh, c’est-à-dire…» Il tourna la face non mordue du fruit vers l’avant.

«Je vais en relaver un.» Kim Kleist, un peu fatigué, se retourna avec un sourire et lava un nouveau fruit.

Cette fois, il le tendit d’abord à ce Brumeux qui, durant ce désastre des pluies torrentielles, avait sauvé le village des coulées de boue et des inondations.

Même Ma Shuo et Yin Bo, pourtant Brumeux eux aussi, engloutis dans les flots au point d’en disparaître, avaient été retrouvés et ramenés par ce monsieur héroïque. Et sans lui, le biologiste Jean Yusi aurait sans doute bel et bien disparu sans laisser de trace dans les flots déchaînés.

«Je vous appellerai simplement Kleist. Pour moi, votre nom est trop long.» Le jeune homme aux traits doux prit le fruit, puis saisit le couteau du villageois.

«Ha ha, vous autres Brumeux aux yeux noirs aimez vraiment nous donner des noms simplifiés. Sinon, appelez-moi Petit Kim.»

Edgar Kim Kleist prit lui aussi un fruit découpé et se mit à le croquer tout en disant d’une voix pâteuse :

«Ou bien Edgar aussi, cela me va. Le nom de Kleist me rappelle toujours mon bon vieux père. Quand j’étais petit, ce bon vieux père ne cessait de forger ma volonté à coups de canne et de ceinturon du vieux Kleist.»

«Voilà en effet un souvenir digne d’être gardé en mémoire.»

On frappa à la porte de bois. Un paysan robuste poussa la porte et aida le biologiste, le bras en écharpe dans un bandage qui pendait depuis le cou, à entrer en titubant.

Kim Kleist s’empressa d’écarter son bâton de marche et aida Jean Yusi à s’asseoir sur la vieille chaise de bois.

À côté de la table, une personne triait des herbes médicinales dans ses mains.

«Le voyage des botanistes est-il subventionné par quelqu’un ?» lui demanda-t-on.

«Nous avons une association,» répondit l’homme d’un air bonhomme. «Ils nous donnent, à nous les véritables savants inscrits, quelques frais de voyage. Mais il faut aussi remercier le soutien de gens comme le maître de maison, qui nous permet d’économiser beaucoup de frais de déplacement.» Il salua d’un signe de tête le robuste villageois souriant qui se tenait à la porte.

«Le maître de maison est un véritable aristocrate.» Edgar s’empressa également de lui tendre un fruit avec un sourire, peu s’en fallut qu’il ne retirât son chapeau pour le saluer.

Ces flatteries distillées une ou deux fois par jour réjouissaient fort le chef de famille qui accueillait les réfugiés.

Et puis, il espérait aussi qu’au moment de leur départ, ces Brumeux emmèneraient sa famille avec eux.

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