Chapitre 262 : Percer l’Avenir : Conseil des Six — Partie 2

Autour de la salle de réunion souterraine se trouvaient six petites pièces isolées du grand hall.

Dans cette pièce au mobilier simple, cinq « Brumeux » étaient debout ou assis autour de la petite table ronde, ainsi que Laine Kolvik, survivant de l’Héritage Jinbei en combinaison de protection et casque de verre spécial, et un jeune Mutao, vêtu de même, à ses côtés.

Près de la table, la demoiselle de l’équipe des Enflammés, nom de code « Alice », prit la parole dès qu’elle se fut assise :

«Sur notre continent, dans les années 1830, Edmond Becquerel découvrit l’effet photoélectrique.»

Un homme aux traits accusés, en pull-over de laine, sursauta et dit aussitôt :

«Je sais. J’ai participé à la protection de ce Coffret Secret scientifique. Des familles sélectionnées ont déjà accepté la mission ; pour l’instant, elles attendent surtout l’opération de reconstruction linguistique du Sage Silencieux.»

Ce jeune homme, après avoir parlé, parcourut l’assistance du regard :

«Serait-ce pour cela que j’ai été invité ici ?»

«Oui, monsieur Wang Qiu. Cette technologie de l’effet photoélectrique, qui a été retenue dans le plan préparatoire du Courant Scientifique, je pense qu’il est nécessaire — disons même impératif — d’en percer une voie alternative dès ce moment critique de l’ère.»

Le vieux Laine Kolvik martela la table de ses doigts.

Ces autochtones que l’Éclat des Héros avait protégés et dont il avait réécrit le destin étaient pour l’essentiel capables d’entendre et de comprendre le véritable cœur du plan de cette « réunion préparatoire du patrimoine scientifique ».

Sur un signe de tête du vieux monsieur, le jeune homme à ses côtés déplia une grande feuille et l’accrocha sur un petit panneau vertical.

Tous contemplèrent les symboles mathématiques serrés et les présentations linguistiques à donner le tournis.

La femme au nom de code « Alice » dit à M. Wang : «Peut-être pourriez-vous nous expliquer ?»

L’homme acquiesça aussitôt, se leva et dit :

«L’effet photoélectrique est le phénomène par lequel, lorsque la lumière — en particulier les ultraviolets ou la lumière visible d’une certaine fréquence — irradie un métal ou un autre matériau, les atomes métalliques absorbent l’énergie des photons et libèrent des électrons.»

Les compatriotes dans la pièce échangèrent quelques mots. Ils ne comprenaient toujours pas très bien.

«C’est un jalon fondateur du développement de la mécanique quantique, qui a posé un défi majeur à la physique classique.»

Les visages alentour affichèrent aussitôt de la stupéfaction.

«Parce que l’effet photoélectrique a confirmé la nature corpusculaire de la lumière.»

Voyant que ces Brumeux, guère ferrés en physique, réagissaient vivement à cette seule phrase, le vieillard emmitouflé dans sa combinaison, comme un gardien de cimetière, laissa échapper un soupir où se mêlaient des sentiments indistincts.

Entendre parler de mécanique quantique, apparemment, il n’était pas un Brumeux qui n’en connût l’étrangeté et l’importance. Dans quel monde vivaient donc ces gens d’un autre continent… songea le vieillard une fois de plus.

Après quelques échanges, un homme parmi les compatriotes dit : «La mécanique quantique, pour nous, est toujours restée dans le domaine du mystère et de l’imaginaire ; je n’aurais vraiment pas cru que ses fondements de recherche existassent déjà à cette époque.»

«En effet, dit Alice. Sur notre continent, en 1887, le physicien allemand Heinrich Hertz, lors de ses expériences sur les ondes électromagnétiques, avait déjà observé la manifestation de l’effet photoélectrique : quand la lumière ultraviolette atteignait l’espace entre les électrodes, le processus de décharge s’intensifiait nettement.»

Elle promena son regard alentour et sourit : «Je serai chargée de fournir au professeur Laine le soutien documentaire bloqué par l’ère, ce qui nécessitera aussi l’aide de M. Wang Qiu.»

«Je comprends.» Wang Qiu hocha gravement la tête.

Au même moment, dans une autre salle de réunion.

Ce scientifique aux cheveux gris laissa échapper quelques rires :

«Nous ne sommes guère plus d’une dizaine ici en même temps, y compris M. Buchen ; on devrait pouvoir discuter, non ?»

«Rassurez-vous tous, je ne connais strictement rien au “transport d’électricité sans fil”.» déclara Yang Zicang.

«Tant mieux.»

Quelques rires fusèrent. L’homme au casque eut un sourire malicieux puis tendit la main et serra vigoureusement celle de Yang Zicang à côté de lui :

«Comme vous dites, “mon idole”. Je ne dis pas ça méchamment, c’est un simple fait : moins on en sait, plus la conservation de ces données est sûre.»

«Ah. Grand-père Guwasi, vous…» Yang Zicang savait que ce n’était qu’une plaisanterie, mais il sentit tout de même un frisson dans le dos.

C’est seulement en se mettant vraiment dans la peau des linguistes de l’opération « Sage Silencieux » qu’il mesura combien la tâche donnait le vertige.

«Ha ha.» Guwasi, qui lui serrait la main, rit :

«J’imaginais juste ce que ce serait si j’étais en train d’accomplir votre soi-disant mission du Courant Scientifique. Ceci dit, notre tâche à nous n’est pas plus légère.»

Nul ne savait combien d’années durerait le verrouillage de l’ère future — des siècles, peut-être des millénaires, peut-être sans fin. Percer l’avenir, comme plan et comme action, n’était donc pas une mince responsabilité.

Quelqu’un alluma une cigarette ; la pièce s’emplit bientôt d’une odeur de tabac.

Un jeune homme à l’air vif, assis à côté, sourit en regardant Yang Zicang :

«Monsieur Buchen, ce signal télévisé dont vous vous servez pour l’Arche du Monde — qui ne couvre pas seulement tout le continent Mutao, mais relie même deux continents-ères — est déjà en soi un formidable système de transmission des signaux radio.»

«Hein ?» Yang Zicang tourna des yeux ronds vers l’assistance. Tous les cinq eurent un petit rire. «Nihua, vous… vous cherchez vraiment à vous payer ma tête.»

La main de Guwasi tapota l’épaule de Yang Zicang :

«Je plaisante. Il y a quand même quelques différences. Mais M. Buchen a autour de lui des gens de talent, pour réussir une telle chose. Franchement, j’adore ton système de retransmission par téléviseur. Hum, le petit Nihua dit que c’est une variante technique de vos vieilles téléviseurs terrestres.»

Yang Zicang hocha la tête. Un jeune à côté ajouta :

«Et puis, Buchen, que votre équipe ait pu, en ces temps, songer à la technologie de relais de signal de notre Fédération Jinbei, oubliée dans un coin depuis des dizaines d’années sans avoir été vraiment diffusée — cela nous a vraiment émus.»

Après cet échange chaleureux, le responsable de cette petite salle, l’Occidental au nom de code « Nihua », fit rouler ses yeux vers l’assistance :

«En ce qui concerne la transmission d’énergie sans fil dans notre monde, quelqu’un sait-il à quand remontent les tout premiers travaux ?»

Certains hochèrent la tête, d’autres non. Nihua regarda Yang Zicang, qui semblait réfléchir, et expliqua :

«C’est à l’époque où Edison et Nikola Tesla s’affrontaient durement dans la guerre des partisans du courant alternatif et du courant continu. Soit après 1880, mais le projet de transport d’électricité auquel nous voulons nous référer est un peu plus tardif.»

«Donc, nous devons éviter l’invention de l’un de ces deux-là ?» Quelques-uns froncèrent les sourcils.

«Si on regarde les choses de façon systémique, c’est un effort nécessaire pour notre participation au perçage de l’avenir. Sans nouvelle méthode de production d’électricité, ces recherches scientifiques, sous la malédiction des continents-ères suivants, sont hors de question.»

Guwasi, dans sa combinaison, écarta les mains.

Puis il poussa un léger soupir :

«Mais pour l’instant, nous ne pouvons pas mener un projet de cette envergure. Alors j’ai un peu tiré au flanc — et aussi, j’admire les efforts de l’équipe du président Buchen —, en voulant réaliser un projet du genre “communication mondiale sans fil”, c’est-à-dire un plan de transmission d’énergie électrique sans fil.»

«Mondial ? Alors ce que nous devons éviter, c’est ?»

«Pas besoin d’éviter.» dit Nihua. «Parce que notre monde abrite un projet similaire qui n’a jamais été réalisé : celui de M. Nikola Tesla, le projet de la Tour de Wardenclyffe !»

Les yeux de Nihua brillèrent. «En un sens, l’inventeur Nikola Tesla a déjà tracé pour nous une nouvelle trajectoire de destin dont nous pouvons nous inspirer.»

Des documents furent déposés sur la table ; plusieurs personnes en prirent pour les lire.

Le nom de cet inventeur, s’il n’était pas tonitruant, était du moins connu de tous. Aussi Yang Zicang, en parcourant les documents, les relia-t-il peu à peu à des informations que, par bribes, il avait jadis glanées sur lui.

Et cette Tour de Wardenclyffe, c’était vraiment la première fois qu’elle entrait dans sa conscience.

En 1901, sur la Terre natale, Tesla cacha son véritable objectif et vendit au richissime homme d’affaires J.P. Morgan un système de communication mondial révolutionnaire.

Un an plus tôt, il avait publié dans Century Magazine un article où il concevait la Terre comme conducteur intérieur, l’ionosphère comme conducteur extérieur, formant une immense cavité résonnante pour transmettre des signaux électriques.

Une fois le système opérationnel, il pourrait transmettre des nouvelles cryptées, des cours de bourse, des messages privés, et facturer les utilisateurs pour en tirer profit. Morgan, par son investissement, deviendrait copropriétaire de ce futur monopole des communications.

Morgan, séduit par ces perspectives commerciales, investit la somme colossale d’environ cent cinquante mille dollars, impatient de voir l’expérience de la Tour de Wardenclyffe. Et Tesla réussit effectivement, grâce à cette expérience, à transmettre de l’énergie électrique à plus de cent miles.

Mais en décembre 1901, Marconi réussit avant lui la première transmission radio transatlantique expérimentale.

Morgan vacilla. Car Marconi avait réalisé la fonction de communication avec des moyens bien moins coûteux, tandis que Tesla demandait toujours plus d’investissements.

Ébranlé, pressé de toutes parts, Tesla finit par avouer à cet investisseur que ce qu’il voulait faire était un projet bien plus ambitieux qu’un système de communication sans fil ! C’était un projet mondial de « transport d’électricité sans fil gratuit ».

Morgan, qui croyait avoir investi dans une super « compagnie de télégraphe », eut le cœur glacé : l’homme qu’il avait devant lui voulait en réalité créer un projet qui mettrait fin au « transport commercial de l’électricité ». L’investisseur, comprenant qu’il ne pourrait jamais rentabiliser sa mise, coupa définitivement les fonds.

Le projet fut ainsi étranglé au berceau.

«Ça se pourrait donc que ce soit vrai ? Je croyais que ce n’était qu’une légende populaire.»

Autour de la table, les gens échangeaient à voix basse en parcourant les documents.

Guwasi déclara : «Pour ce projet, avec l’aide de toutes les personnes ici présentes, je pense que nous serons en meilleure posture que son concepteur pour le vérifier.»

Ses vieux yeux semblaient embrasés d’une flamme juvénile et ardente tandis qu’il fixait les visages chargés d’interrogations devant lui.

«Nous n’avons pas besoin de vraiment bâtir une tour de fer qui couvrirait tout le continent. Il suffit de réussir à capter de l’énergie électrique : alors, dans l’ère future, la voie de la naissance et de la transmission de l’électricité pourra être dégagée de bien des obstacles.»

En entendant cela, tous réfléchirent un instant, puis sentirent un frisson d’excitation les parcourir.

«Plus c’est fondamental, plus il est difficile de trouver un substitut dans l’ère actuelle.»

«Si la transmission d’énergie sans fil réussit, on pourra éviter le problème de l’incubation des matériaux de câbles électriques.»

Après quelques échanges entre compatriotes qui lisaient les documents, quelqu’un leva la tête :

«Mais j’ai encore des doutes sur une nouvelle voie pour cette technologie. Après tout, la transmission d’énergie sans fil à très longue distance, même à notre époque, reste un problème.»

Nihua hocha la tête : « **Oui. À l’époque où ce plan a été proposé, sa réussite aurait privé les compagnies d’électricité de leur droit de facturer — c’était déjà un obstacle de taille.

«Ensuite, la technologie de cette époque avait ses limites et ne permettait évidemment pas les très longues distances, comme nous venons de l’expliquer.»

Après ces quelques mots de Nihua, quelqu’un, souriant, regarda Yang Zicang en train de lire les documents aux côtés du vieillard :

«Je pense que des gens qui viennent de recevoir une leçon de radiations nucléaires ne seront pas moins terrifiés par ce genre de champs électromagnétiques.»

Yang Zicang leva la tête, interloqué, puis eut un sourire un peu amer : «Et cela risque aussi de causer des interférences avec nos autres communications sans fil.»

«Voilà toutes les questions auxquelles il nous faut penser et que nous devons résoudre autant que possible.» dit Guwasi.

«Inutile d’insister sur l’importance de l’aluminium.»

«Si nous ne cherchons pas, dans cette ère, à raffiner au maximum la technologie de purification de l’aluminium, quand viendra l’ère où il faudra arracher les bananes aux singes avant de faire de la science des matériaux, la moindre chose que nous fabriquerons risquera de se changer en monstre.»

Le jeune homme au casque de verre, assis, fit « hm » en retenant un rire.

«Hé hé, ton sourire me donne l’impression que ce jour n’est pas loin.» La physicienne théoricienne Aïna Guels regarda sévèrement son élève.

«Non, professeur, je trouve juste que… on change un peu trop de métier, là.» dit le jeune homme, puis il pinça aussitôt les lèvres sous le regard sévère de la dame.

Autour de la lourde table ronde en bois massif, quelqu’un se gratta la tête :

«La production d’aluminium par électrolyse, c’est clairement plus possible : maintenant, c’est devenu une recette magique.»

De toute évidence, ce Coffret Secret avait dû voir son contenu fuiter et décrypté, donnant naissance à un Incube. Désormais, toute écriture ou fabrication liée à cet ustensile ne ferait qu’engendrer des démons parasitant la science.

Quelques soupirs s’élevèrent. Zhao Anlong promena son regard et s’arrêta sur l’organisatrice de la petite réunion, de l’équipe des Enflammés.

«Notre travail va nous ramener à l’époque de Napoléon.»

«Napoléon ?»

«Exactement : la réduction de l’oxyde d’aluminium par le potassium. Il s’est même servi de cette vaisselle.»

«Alors c’est bon, non ?» Zhao Anlong écarta les bras en riant : «Vous voyez, Napoléon utilisait des couverts en aluminium, ça ne doit pas être si difficile.»

Tous le regardèrent en souriant.

«Lors de ces banquets, cela valait plus que l’or. Maintenant, tu trouves toujours que ce n’est pas difficile ?»

«Valoir plus que l’or, c’est-à-dire ?»

«L’aluminium existe surtout sous forme d’oxyde d’aluminium dans les minerais ; ces composés sont chimiquement très stables et difficiles à réduire.»

Le compatriote qui parlait désigna sur la table un morceau de minerai contenant de l’aluminium.

«Autrefois, nous touchions et voyions à tout bout de champ des canettes en aluminium, du papier d’aluminium, des portes et fenêtres en alliage d’aluminium… On trouvait peut-être l’aluminium banal. Mais dans les années 1800, c’était tout le contraire. Les savants de l’époque connaissaient l’existence de l’aluminium, mais étaient pratiquement incapables de l’exploiter.»

«Alors comment…» demanda quelqu’un alentour, les yeux fixes, en murmurant.

«C’est l’empereur des Français, Napoléon III.» L’organisatrice « Annabel » dit d’un ton lourd de sens :

«D’après les récits historiques de l’époque, lors d’un grand banquet d’État, les invités de marque utilisaient une vaisselle étincelante en aluminium, tandis que les convives de moindre rang devaient se contenter de couverts en or ordinaires.»

Près de Zhao Anlong, un homme en veste à motifs rouges parut d’abord comprendre, puis ses yeux s’illuminèrent.

«Tu veux dire que ce que vous allez étudier, c’est ce procédé — une méthode de purification aussi peu efficace que la transmutation en or ?»

«Euh…»

En face, la professeure de physique théorique Aïna laissa échapper un gémissement d’assentiment.

«Ce truc, ce n’est même plus de l’aluminium. C’est de l’argent, non, du platine artificiel !» s’exclama Zhao Anlong bruyamment : «J’adore cette recette de matériau.»

L’homme à la veste rouge se leva, rayonnant.

«Cette affaire, vous pouvez la poursuivre tranquilles. Je garantis que je n’en parlerai à personne. Même pas à un chien.»

«Vous faites erreur, monsieur. Nous ne gardons pas une recette.»

L’homme, un peu échauffé, eut un petit rire en jetant des regards à la ronde et approcha sa chaise : «Moi non plus, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je parlais de secret commercial.»

Annabel eut un sourire de commande :

«Notre intention, sur cette voie de la science des matériaux — la réduction de l’oxyde d’aluminium par le potassium —, est d’étudier une méthode plus efficace d’extraction de l’aluminium. Les applications de l’aluminium en société industrielle sont si nombreuses. C’est pourquoi, pour ces matières premières chimiques capitales, nous devons percer la répression de l’ère. Même si nous n’y parvenons pas, il faut accumuler de l’expérience pour l’organisation générale qui suivra.»

«Mais les méthodes les plus efficaces ont sûrement déjà été essayées des milliers de fois. Ce qui reste, ce sont les plus coûteuses.» dit quelqu’un.

«C’est vrai.»

L’homme à la veste rouge croisa les bras et hocha la tête :

«Donc voilà. Désormais, seuls les plus éminents pourront user d’ustensiles en aluminium. Ce sera comme “l’argent secret” des temps anciens ! Aussi précieux que l’or, mais d’un éclat discret — quel noble symbole de haute vertu ! Un métal à l’éclat doux, pareil à la lumière d’un saint. Waouh, j’imagine déjà son apparence sur les couronnes, les sceptres, et toutes sortes de motifs mystérieux.»

Paf ! Zhao Anlong se claqua le front.

«Si je changeais de salle de réunion ? À part Napoléon, tout le reste, j’ai du mal à suivre.»

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