Chapitre 78 : Sortie — Partie 2

Jin Clester, à l’aide d’une pelle, retourna la terre sur deux à trois mètres carrés et, avec l’aide de deux jeunes gens, alluma un feu de camp sur le terrain vague près de la mer.

Yang Zicang observait ses gestes. Cet adepte du «Culte du Feu Terrestre» avait suggéré d’abattre le poisson près du feu.

De plus, Edgar Jin Clester insista vivement pour qu’on ne tuât au maximum que la moitié des poissons pêchés. Le reste devrait être relâché progressivement, par lots, le lendemain, après quoi le feu de camp devrait rester allumé toute la journée.

Quelqu’un était spécialement chargé d’alimenter le feu en bois.

Quand tout fut à peu près prêt, Yang Zicang dit en plaisantant au jeune homme à queue-de-cheval vêtu d’une nouvelle robe écarlate :

«Je commence enfin à percevoir chez toi quelques vestiges des traditions de ton fameux culte.»

«Hé hé, ce ne sont que des leçons tirées de l’expérience de nos ancêtres.»

Il se campa les mains sur les hanches et regarda l’horizon lointain, qui se fondait dans l’obscurité nocturne au bruit du ressac.

«De vieilles règles dont plus personne ne se soucie.»

Yang Zicang n’ajouta rien. Il respectait profondément ces coutumes populaires. Quel que fût le monde, le feu semblait toujours être l’un des éléments les plus importants pour communiquer avec l’esprit de toutes choses.

Il contempla le profil du jeune homme à la lueur des flammes.

«Qu’est-ce que le Culte du Feu Terrestre ?»

«Hum~ Selon la légende, seul un feu allumé sur la terre peut sauver le monde. Nous sommes donc, en quelque sorte, un rassemblement de sauveurs que nul ne prend au sérieux. Euh, cette identité, je l’ai achetée.»

Yang Zicang resta interdit.

À quelques pas, le garçon en bleu, accroupi pour alimenter le feu, gloussa :

«Avoir pu l’acheter, ce n’est déjà pas si mal. Nous n’avons même pas eu cette chance.»

«D’accord. Une bien étrange croyance.»

«Ce n’est pas une croyance.»

Jin Clester écarta les bras d’un air de gourou :

«C’est une conclusion tirée de l’expérience historique.»

On ne cessa de travailler que lorsque la lune fut au zénith. Puis on regagna la salle des archives.

«Monsieur Buchen, ne devrions-nous pas veiller toute la nuit pour préparer la soupe de poisson ?»

La petite Milena entra pour s’enquérir.

«Hum… Non. Nous allons d’abord le faire sécher. Tu sais, nous autres Brumeux possédons certaines forces mystiques particulières. Je pense pouvoir rendre ces poissons plus nourrissants, c’est pourquoi il faut les faire sécher une journée.»

«Ah ? Mais alors nous ne pourrons pas distribuer la soupe de poisson demain — non, aujourd’hui ?»

-[_Le Distributeur Loki Tata Mingqi exprime « rageant ».»]

«Hum hum, tout à fait. Cependant, afin d’éviter les plaintes, je leur offrirai une compensation.»

«Une compensation ?»

Yang Zicang se leva : «Je distribuerai des fournitures demain. J’ai déjà tout préparé.»

Milena et les autres n’y comprenaient absolument rien.

-[_Le Distributeur Loki Tata Mingqi exprime « pouce levé ».»]

-[Loki Tata Mingqi souhaite réserver ce prélude glorieux en gestation.]

Yang Zicang sourit. À l’origine, il n’avait fait que suggérer timidement à ces gens pleins de vitalité, en souvenir des efforts de certains dans son monde d’avant et de cette chanson laissée sur cette terre par un inconnu. Il n’avait nullement songé à faire jaillir une «lueur glorieuse».

Mais d’autres y avaient mis du leur.

Alors, soit ! Voyons qui allumera ce singulier «éclat».

C’est à cet instant que Yang Zicang perçut, par la Nuit du Recueillement qu’il avait déployée, une embarcation poussée vers le rivage par d’étranges vagues marines.

Ses deux membres étaient enfin arrivés.

Le lendemain à huit heures, le Journal des Jeunes Héros et le Journal du Feu Dansant parurent simultanément.

Ce jour-là, les gens étaient pleins d’attente et se rassemblèrent bruyamment vers les deux lieux.

Près de l’entrepôt, sur les marches de pierre non loin du Journal du Feu Dansant, Ma Shuo, tout sourire, écoutait la foule lire le texte affiché.

«Attention à l’hygiène des bols… Avant d’utiliser les bols communs, mieux vaut les ébouillanter…»

«Quoi ? Ceux des Jeunes Héros vont distribuer de la soupe de poisson.»

«Le Journal du Feu Dansant dit de se méfier des maladies liées aux rassemblements, de faire attention à l’hygiène…»

Le journal mural consacrait une bonne moitié de sa surface à expliquer comment maintenir l’hygiène et prévenir les maladies contagieuses quand il y avait beaucoup de monde et peu de bols.

Et, sur un ton professionnel, voire quasi officiel, il louait cette initiative de distribution de soupe du Journal des Jeunes Héros, tout en les encourageant à continuer d’apprendre l’«esprit du Feu Dansant» pour apporter davantage de bienfaits à tous.

Cachés dans les bois au loin, Yao Xiaoqin et Anxi ouvraient grand les yeux.

«Mon Dieu, est-ce l’homme que le président Chenchen veut régler aujourd’hui ?»

«On dirait bien que ces jours-ci, même si le président ne veut pas gaspiller d’énergie pour faire jaillir des lueurs, d’autres s’empressent de nous en apporter.»

Anxi, démangeant d’impatience, se frotta les mains. «Nous devons aussi contribuer à cette affaire. Allez, ma belle, retournons pêcher des trésors en mer.»

La foule bruissait. Beaucoup, après avoir lu le journal, coururent vers la grande place à l’autre bout du village.

Le patron de l’entrepôt sortit avec un bol de thé pour Ma Shuo.

«Quel jeune homme plein d’avenir, plein d’avenir~ Dans ce trou perdu, vous réussissez à faire autant de bruit. Votre avenir est sans limites.»

«Rien ne vaut votre puissance, mon vieux. Ce que vous gagnez en un jour, je ne pourrais le réunir en un an ici.»

«Allons, comment comparer ainsi,» le vieillard retira sa main d’un geste vif. «Ne vous fiez pas aux apparences. La moitié de ce que je gagne part en tributs aux seigneurs de la montagne. Et sur l’autre moitié, il faut encore graisser la patte à certaines gens du village. Je ne suis qu’un pauvre bougre.»

Ma Shuo but une gorgée de thé en souriant, sans démentir ce vieux renard. Il savait pertinemment que le vieux avait encore immergé deux solides caisses sous la mer l’avant-veille.

«Il y a moins de monde aujourd’hui.» Le vieillard leva les yeux vers le journal mural.

«Ils sont tous partis boire la soupe de poisson, hé hé, c’est normal.»

«Cela n’affectera-t-il pas nos affaires ?»

«Un jour ou deux seulement. Une telle ampleur ne peut durer. Et puis, je ne fais pas ça pour les affaires.»

«Je sais, je sais.»

-[Le Distributeur de 3e niveau, Duli, observe mes faits et gestes.]

Ma Shuo baissa les yeux vers son anneau et laissa échapper un léger grognement de ressentiment.

Alors qu’il imaginait déjà vendre la «lueur glorieuse» qu’il ferait naître dans deux jours au premier ou deuxième Distributeur venu, une vieille femme d’une soixantaine d’années, qui avait acheté un déjeuner à bas prix auparavant, s’approcha timidement.

«Petit Ma, comment peux-tu encore laisser cette planche ici ?»

Ma Shuo, qui portait le bol de thé à ses lèvres, suspendit son geste. «Comment ?»

«Ah là là~»

Elle ouvrit de grands yeux perçants, ses lèvres ridées se contractèrent, et elle frappa dans ses mains en chuchotant avec véhémence : «Rangez-la vite ! Ils n’ont pas distribué de soupe de poisson !»

«Pas distribué ?» Ma Shuo resta interdit.

Une vague de colère mêlée de panique lui monta au cerveau.

«Pourquoi ne distribuent-ils pas ? Ils sabordent leur propre réputation ?»

Le vieillard de l’entrepôt, qui souriait, resta coi un instant, puis recula d’un pas, comme pour éviter le sujet.

L’autre était justement en difficulté. Faire semblant de n’avoir rien entendu, c’était aussi lui sauver la face.

Mais la curiosité, si longtemps cultivée, empêcha le vieux de rentrer.

Sous un doux soleil, la vieille femme, courbant le cou, s’adressa à Ma Shuo :

«Ils racontent je ne sais quoi, que peut-être un poisson venimeux se serait glissé dans le lot, qu’on ne voyait rien la nuit, qu’il fallait bien faire sécher… Ah, comme si on tenait vraiment à leur soupe.»

Ma Shuo se leva, fou de rage, la tête bourdonnante.

«C’est un prétexte. C’est un complot !»

C’était à coup sûr une attaque contre lui !

Ce compatriote ignorant de tout avait mijoté cela pendant des jours, pour aboutir à un coup tordu qui faisait huit cents morts chez l’ennemi mais mille chez lui. Ce n’était guère un esprit brillant.

Il ne comprenait vraiment pas pourquoi son Distributeur cherchait à s’attirer les faveurs d’un tel individu.

«Hum ! Je vais publier un numéro spécial !» Ma Shuo agita la main, furieux. «Je vais les interpeller !»

Une autre femme, du même âge, s’approcha de la vieille à petits pas et lui tapota le bras. «Viens vite, allons là-bas.»

La vieille la regarda, perplexe.

«Ils distribuent des vêtements, et aussi des chaussures, des chapeaux. Que de bonnes choses ! Vite, sinon il n’y en aura plus.»

Même murmurée, cette phrase fut immédiatement saisie par Ma Shuo. L’impulsion de modifier le contenu du journal pour interpeller le Journal des Jeunes Héros fut aussitôt réprimée.

— «Quelle chance ! Si je l’avais modifié, je me serais donné une nouvelle gifle.»

De plus en plus de gens, alertés par la rumeur, s’en allèrent. Bientôt, il n’y eut plus devant le journal mural que deux ou trois personnes sous la brise marine.

«Distribuer des fournitures… Il y a des milliers de gens ici. Comment peuvent-ils faire ?»

Après un moment de perplexité, Ma Shuo eut une illumination soudaine. Il courut à la porte et regarda le patron de l’Hôtel-Entrepôt, qui effaça aussitôt son sourire pour prendre un air grave.

«Où caches-tu tes marchandises ?»

«Quoi ? De quoi parlez-vous ? Je ne comprends pas.»

«Ah ! Là-bas, ils distribuent des vêtements, des chaussures, des chapeaux. Où sont cachées toutes les marchandises que tu as amassées ? Y sont-elles encore ? Va vite vérifier !»

Le vieillard pivota avec l’agilité d’un chien de chasse affolé, manqua de tomber, et se rua vers l’arrière de l’entrepôt en criant le nom de son petit-fils.

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