Yang Zicang regardait la petite gemme du pendentif, où brillaient quatre petits points lumineux. Leurs informations apparaissaient dans son esprit dès qu’il le souhaitait.
Actuellement, il possédait quatre lumières éclatantes : « L’hôte qui a trompé le Distributeur », « Celui qui s’est échappé d’un hôtel inexistant », « Celui qui a déchiré le voile de dissimulation du trésor secret », et « L’athlète d’escorte sans parachute ».
Quant à celle concernant la peinture à l’huile, elle n’avait toujours pas donné naissance à une « lumière éclatante ». Yang Zicang nourrissait une vague hypothèse, sans toutefois pouvoir la confirmer.
Une acclamation retentit : les jeunes de la Commune des Héros Juvéniles rentraient.
«On a mis une raclée à ces deux fils de chien.»
«Demain, non, ce soir même, je vais écrire l’article qui les met en cause.»
«Moi, je dis qu’on n’attende même pas pour le prochain numéro. Je vais chercher une planche et on l’affiche demain.»
Joignant le geste à la parole, le jeune nommé Miros se dirigea vers la remise derrière la maison.
«Camarade Yang !» Miros ressortit aussitôt en courant. «Y a, y a, y a quelqu’un qui te cherche, en bas de la falaise.»
Yang Zicang, qui discutait dehors avec Milena et les autres du contenu de l’article, tourna la tête. «Me chercher ? Qui ?»
Anxi et Yao Xiaoqin seraient-ils déjà arrivés ?
……
Yang Zicang regardait par la fenêtre, muet. Dans la lueur du crépuscule, un radeau tanguait sur les vagues, sans trop s’éloigner de la falaise.
À son bord, un grand adolescent lui faisait des signes, l’air penaud.
«Qui es-tu !» cria Yang Zicang.
Même de tels cris pouvaient être couverts par le fracas des vagues.
«Je m’appelle Tata — !» Il mit ses mains en porte-voix. «Janvier·Tatamingqi ! Je suis venu exprès pour toi !»
Sur ces mots, le garçon de quatorze ou quinze ans laissa retomber ses mains et eut un rire nigaud.
Yang Zicang sentit un frisson lui parcourir la peau. Janvier ? N’était-ce pas le faux nom qu’employaient souvent les Distributeurs et les Anges lunaires ?
À côté du garçon se trouvait une caisse en bois. Il l’ouvrit d’un coup de pied, découvrant tout un bric-à-brac : limes, ciseaux, petit marteau et autres outils manuels, ainsi que des pochettes accrochées au couvercle, maintenues par des fils de fer, remplies d’accessoires entassés.
«Pas possible…» murmura Yang Zicang. Puis il repoussa les curieux qui se pressaient à la fenêtre et retourna vers l’ouverture : «Tu es vraiment un Distributeur ?»
Plusieurs têtes se tendirent aux autres fenêtres.
En bas, Tata hocha la tête avec une simplicité désarmante.
«Descends !» cria-t-il de nouveau, les mains en porte-voix. «Notre affaire est secrète, il ne faut pas que les autres entendent.»
Clac ! Yang Zicang se frappa le front.
……
«Aïe ! Ouille ! Ces salauds de brutes. Frapper des gens comme ça.»
Dans un coin de mur, ceux qui venaient de recevoir leur deuxième raclée en trois jours étaient accroupis, gémissant, se massant mutuellement les bleus et les bosses.
«Et ces deux types qui avaient promis de nous soutenir, hein ?» pesta Long Huoqing.
Cet après-midi, sans ces deux-là qui les avaient poussés — « votre comportement a été écrit sur un ‘panneau’, il est livré en pâture au public, il faut mettre fin à ce comportement infect » — ils ne seraient jamais allés briser ce panneau.
Il se rappelait que le grand, au visage carré, avait brisé une brique d’un revers de main. Grisés par les deux ou trois coups appris, Long Huoqing et ses comparses, tout excités, s’étaient aussitôt épousseté les fesses pour aller chercher noise aux auteurs du panneau. Résultat : leurs adversaires n’avaient même pas eu besoin de leurs poings.
Dans un crépuscule plus épais, Yinbo retira sa tête du coin du mur. «Mashuo, à part les bonnes femmes, ces bonshommes sont vraiment des propres à rien.»
Mashuo restait silencieux.
«Qu’est-ce qu’on fait ? On ne sait pas quand ce truc des Héros Juvéniles va sortir un nouveau numéro. Si on sort notre contenu demain et qu’ils l’affichent aussi sur la place, notre ‘lumière éclatante’, on ne sait pas quand elle pourra naître.»
Mashuo leva la tête : «Heh, on est qui, nous ? On va suivre le sentier battu ?»
«Tu veux dire ?»
Le petit se leva en faisant craquer les jointures de ses doigts. «Ce soir, on va explorer le camp ennemi. On commence par démonter leur panneau. Si ces natifs sont encore en train d’en préparer un nouveau, c’est encore mieux. Hmph.»
«Ah… ça…»
«Tu n’aimerais pas voir la tête qu’ils feront demain matin, quand ils découvriront que tous leurs brouillons, toutes leurs planches clouées ont disparu ?»
«Ah ah, ce n’est donc pas un meurtre. Bien. C’est un très bon plan.» Il toucha le bout de son oreille pointue. «Bon, on va d’abord manger.»
-[Le Distributeur Mars·Duli observe mon parcours de vie._]
Les deux hommes, qui s’apprêtaient à retourner à l’auberge-entrepôt, affichèrent un visage radieux.
En plusieurs mois ici, ce monsieur les observait rarement de sa propre initiative. Mais c’était aussi parce que les occasions de faire jaillir une « lumière éclatante » étaient rares, songèrent-ils.
……
Le Distributeur Janvier·Tatamingqi fut hissé sur la falaise et engloutit un repas avec voracité.
Yang Zicang contemplait, l’air grave, la pile de bols vides devant lui.
Tout le monde était sidéré.
Difficile d’imaginer qu’un être magique du monde lunaire fût tombé si bas, sans même un vêtement décent. Avec ce vent de mer, il ne portait qu’un gilet gris à bords effrangés, les bras nus.
«Ah, enfin rassasié.»
«Alors… ça faisait combien de temps que tu n’avais pas mangé ?»
Hic ! Le corps de Tatamingqi tressauta. «Bah, de toute façon, on ne meurt pas de faim, alors autant crever de faim jusqu’au bout.»
«Il faut le faire, quand même. Traverser la mer sur un radeau.» Le petit homme sec au bonnet bleu, appuyé sur la table, fixait le visage de Tatamingqi. «Comment t’as osé ?»
«Avec tout ce poisson dans la mer, t’avais qu’à en attraper deux.» ajouta Long Huogang.
Sous les regards braqués sur lui, le dénommé Tata se gratta la tête, gêné.
«Euh, je suis végétarien.»
«Alors mange des algues !» Milena jeta son crayon en élevant la voix. «Tes parents ne s’inquiètent pas pour toi, à ton âge ?»
«Mes parents ne sont pas de ce monde.» Il baissa la tête.
«Euh…» Milena, sentant qu’elle avait gaffé, resta coite. Autour d’elle, les bouches se fermèrent aussitôt. L’ambiance devint lourde.
«Désolée, on pensait que…»
«Ce n’est rien.» Yang Zicang tira sur le coin de son œil pour les rassurer. «Vous ne pouviez pas savoir.»
«Ah oui, l’ignorance innocente.» Long Huogang s’éclaircit la gorge et poussa le bol de soupe vers le garçon. «Alors, vous… non, tu as tellement mangé, tu ne peux plus rien avaler, tu vas te rendre malade.»
Tatamingqi, à regret, jeta un coup d’œil au bol de soupe, puis afficha un sourire plein d’attente à l’adresse de Yang Zicang.
«Trouvons un coin tranquille pour regarder la marchandise.»
Yang Zicang jeta un coup d’œil à la tablée de curieux.
«Tu le dis comme si on faisait un trafic de produits dangereux.»
«Ah, mais non ! Tout est fait main par mes soins. Rien que des accessoires très authentiques… de l’artisanat du pays.»
«Et ton pays, c’est lequel ?» demanda Milena en tripotant son crayon.
«C’est un endroit où le clair de lune est magnifique. Les nuits y sont longues.»
Pas un seul mot n’était un mensonge.
Yang Zicang poussa un léger soupir. «Comme je viens d’arriver il y a deux jours, c’est à mon tour ce soir de m’occuper des restes de cuisine. Je te retrouve quand j’aurai fini.»
«Il t’en faut pour combien de temps ?»
«Faut aussi que je nettoie les toilettes. Une heure ou deux, je pense.»
Quelqu’un dit : «C’est le camarade Kim Kleist qui devait le faire aujourd’hui, non ?»
«Vous savez bien qu’il ne rentre que pour dormir. Il n’a pas le temps de nettoyer les toilettes. Alors il me les a toutes refilées.»
Yang Zicang se leva.
Une jeune fille en vêtements de toile grossière, une longue natte dans le dos, dit : «Ce n’est rien, monsieur Buchen. Les toilettes et la cuisine, je peux m’en occuper.»
«Ouah, t’es une bonne personne.» Tatamingqi applaudit.
La jeune fille sourit. «Va vite t’occuper de ce petit frère. Il a traversé la mer exprès pour toi, il doit avoir des choses à te dire.»
Janvier·Tatamingqi se frotta le ventre. «C’est pas grave, je t’attends.»
……
Deux heures plus tard, après avoir tout rangé méthodiquement et raccroché aux avant-toits les poissons qu’ils avaient ramenés aujourd’hui, Yang Zicang se lava les mains et se dirigea vers le socle du vieux phare.
La lune brillait déjà.
Là, sur une plateforme, un gamin de quatorze ou quinze ans s’affairait devant sa caisse, dans un bruit de ferraille.
«Tout ça, c’est toi qui l’as fait ?»
Yang Zicang s’approcha et regarda dans la caisse à côté de ses épaules : elle était pleine d’objets artisanaux.
«Ce ne seraient pas… des balises ?»
«Chut !» Tatamingqi releva la tête en souriant et mit un doigt sur ses lèvres. Puis il dit à voix basse :
«Exact. Que des ‘balises de Distributeur’. Bah, en réalité, les ‘balises’ sont de petites gemmes, mais l’habitude a pris, alors tout l’accessoire s’appelle ‘balise de Distributeur’ maintenant.»
-[Février·Di’an observe mes faits et gestes avec vigilance._]
Yang Zicang baissa les paupières vers sa poitrine.
Tatamingqi y jeta aussi un coup d’œil, où l’on devinait le contour d’un accessoire sous le vêtement.
«Tu vois, c’est ça, de ne pas avoir sa propre boutique. Hélas, j’ai la flemme de monter une tente. Résultat, je me fais toujours piquer les clients.»
-[Février·Di’an souhaite acquérir ma lumière éclatante._]
-[Février·Di’an majore de 20% le prix de toute transaction de livraison ce soir._]
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