Chapitre 53 : Rien d’anormal

« Pré… Président. C’est vraiment une arme Chronos Nul… Oh la vache. Oh la vache. C’est vraiment notre arme Chronos Nul ? »

Avec une excitation mêlée de stupéfaction, les trois touchaient l’objet du bout des doigts, pleins d’une joie incrédule. Ce petit truc d’apparence si banale était pourtant le trésor dont rêvaient tant de gens en ville.

Hong Haocheng a regardé ses doigts déjà guéris mais encore un peu engourdis, et a demandé : « C’est quoi, au juste ? »

« Une Arme de Guerre Chronos. Mais renforcée par un “noyau d’Esprit Enchaîné”. Elle peut pénétrer les défenses Chronos. Elles ne peuvent être fabriquées qu’à l’intérieur de la Cité 11. »

C’était donc pour ça que tous ces gens venaient sur l’île.

« Si terrifiant que ça ? Même si quelqu’un se défend avec dix mille Chronos, je peux l’assommer d’un seul coup ? »

Li Yongqin a hoché la tête. « Cela dit, il y a quand même des moyens de s’en défendre. »

Il a joint les deux mains, puis les a brusquement écartées. Entre ses paumes a jailli un éclat lumineux comme une étincelle électrique, qui s’est aussitôt évanoui. Les filaments de son Moxel ont glissé jusqu’à ses mains, formant un petit champ de force qui couvrait toute sa paume.

Avec précaution, Li Yongqin a saisi la boule de fer. Elle est restée bien stable dans sa main recouverte par le champ de force.

« Comment ça marche ? » Hong Haocheng était furieux.

Il croyait avoir trouvé un trésor, et voilà qu’on pouvait s’en défendre si facilement.

« Effectivement. La rumeur qui circulait était vraie. »

Li Yongqin contemplait l’objet avec ravissement. Il a levé la tête : « Le champ de force peut la bloquer. Mais pas n’importe quel champ de force ordinaire. »

« Alors quoi ? »

« Les emplacements ! Si on déploie un champ de force à cent emplacements ou plus, non seulement on peut le réduire à la taille d’un gant, mais on peut aussi se défendre contre les attaques de Chronos Nul. À condition que le Chronos du champ de force soit supérieur. »

« Avec ça, face au Seigneur de Scène d’une Zone Entrecroisée de niveau A, on ne serait plus aussi impuissants. Avoir un truc pareil, c’est comme régner sur la ville. Frérot Hong, t’as touché le jackpot. »

Cui Rong, envieux au possible, a ajouté : « C’est aussi pour ça que ces équipes prennent le risque de venir sur l’île. »

Au fond de lui, il se lamentait : ce chauve qui tournait autour de l’île depuis tout ce temps, il avait vraiment fini par tomber sur un trésor. Et en plus, il s’en était sorti vivant. Quelle veine de cocu.

Même si ce n’était qu’une petite boule de fer attachée à des branches, des tas de gens supplieraient pour l’avoir.

Les trois contemplaient avec ravissement cette précieuse Arme Chronos Nul.

En face, Hong Haocheng se caressait le menton du bout des doigts tout en examinant l’homme devant lui.

« Dis donc, t’étais déjà bien enrobé, et en plus t’as poussé les emplacements de ton champ de force jusqu’à cent ? »

Le visage de Li Yongqin s’est figé.

Il a regardé Hong Haocheng avec un sourire amer : « Dans notre ville, certaines personnes ont ce genre d’armes. Si on ne cherche pas à améliorer son champ de force, on risque de se faire avoir un jour ou l’autre. Pour augmenter mes emplacements, je me suis donné un mal de chien. »

Pas étonnant que ce soit une équipe qui ose venir sur l’île — même s’ils avaient failli se faire anéantir dès leur arrivée.

« Alors ce noyau d’Esprit Enchaîné est vraiment pratique. Pas étonnant que tout le monde se l’arrache. »

Hong Haocheng a repris la boule de fer. « Aujourd’hui, rien que ce que j’ai vu, ils en ont déjà battu deux. Ça veut dire que deux armes comme ça vont bientôt voir le jour ? »

Les trois ont secoué la tête.

« Notre île n’est qu’un fragment de la Cité 11. Pour fabriquer cette arme, il faut entrer dans la véritable Cité 11. L’entrée se trouve au cœur de l’île. Même les Quatre Cieux, pour y entrer et en sortir sains et saufs, ça dépend de la chance. »

Hong Haocheng a compris. La valeur de son arme était donc encore plus grande — une arme divine capable de faire trembler toutes les directions.

Celui qui ferait le malin, il lui collerait un coup sur le crâne.

« Vos combats doivent être marrants, alors. Vous devez tout le temps vous envelopper de votre champ de force ? »

« Pas vraiment, frérot », a dit Zhang Miao. « Heureusement, ce truc n’annule que les années de vie supplémentaires. On peut encore compter sur notre propre durée de vie. Par exemple, ce marteau annule cinquante ans d’un coup. Moi, je peux encaisser un coup, normalement. »

Hong Haocheng jouait avec son trésor tout en grignotant des provisions. Il hochait la tête, sans se rendre compte que sa propre durée de vie n’était pas bien longue.

Xu Aiyuan est sortie de sa chambre en courant. Arrivée près de la grande salle, elle a ralenti le pas, et son expression est redevenue aussi calme que d’habitude.

Elle a légèrement mordu ses tendres lèvres rouges et s’est avancée, de derrière le mur, d’une démarche ondulante et ensorcelante. Chacun de ses pas irradiait un éclat captivant. Dans la salle bruissante de monde, des regards chargés d’émotions diverses se sont tournés vers cette silhouette en qipao rouge vin.

La Reine de la Rose a regardé. Malgré la foule, cette silhouette-là a instantanément capté son regard.

Comme s’il sentait ce regard, Yang Zizang s’est retourné et a levé sa coupe en souriant, pour porter un toast à distance.

Dans la pièce.

Une fois les plats et le vin servis, Xu Aiyuan a pris place et a observé le jeune homme, dont le tempérament s’était fait plus dense et plus profond. Même la texture de sa peau et son teint s’étaient améliorés, laissant deviner sous l’épiderme un éclat blanc et lisse. La femme s’est demandé quel genre d’endroit merveilleux ça pouvait bien être.

« En si peu de temps, on dirait que tu es encore devenu plus fort. Tu es allé dans quelle Société des Illusions ? »

Yang Zizang a dit : « L’Illusion Stellaire. »

Xu Aiyuan a souri. « Je m’en doutais. C’est bien mieux que chez nous, là-bas, non ? »

« Mademoiselle Aiyuan, si j’en dis trop, regardez un peu si je ne disparaîtrai pas aussitôt. » Il a souri. « Cette permission, je l’ai prise pour une affaire. »

« Quelle affaire ? »

« La Cité 11. Vous en avez entendu parler ? »

Boboli a hoché la tête. Xu Aiyuan a pris un air songeur, comme si elle fouillait sa mémoire. Seul Luo Bin affichait une mine impuissante : « C’est quoi, ce truc ? »

Le garçon aux cheveux bouclés a dit en bafouillant : « La Cité Chonze, déchruite, boaucoup de chôses. Ch’est là-bas, ya plein de choses. »

La Reine de la Rose s’est levée pour servir personnellement le vin aux convives. Sur son beau visage aux courbes élégantes est apparue une expression surprise à l’adresse de Boboli.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? »

« Moi ? Euh… »

« Il a revendu sa capacité de chinois, celle qu’il avait apprise la dernière fois », a expliqué Luo Bin. « L’enfermement de Moli est devenu encore plus ennuyeux ces derniers temps. »

Yang Zizang a ri : « Avant, Boboli vivait de ces trucs-là. Le chinois qu’il a appris la dernière fois, c’était une commande. Deux mille cinq cents ans de Chronos, c’était pas donné. »

La Reine de la Rose a regardé le garçon avec étonnement : « C’est même cher pour vous ? »

« Ben oui. Avant de rencontrer Zizang, j’avais signé un contrat. » Cette fois, Boboli articulait prudemment. « À intérêt. Le chinois, j’ai des astuces. Ça revient vite. »

Xu Aiyuan a ri : « Et moi, je pourrais commander de l’anglais ? À l’école, j’étais toujours nulle. »

Le garçon a secoué la tête : « Non. Ce qu’on a déjà appris, on peut pas. »

« Une capacité déjà maîtrisée, impossible de la reprendre depuis le début — donc impossible de faire un boost », a expliqué Yang Zizang pour ce garçon qui peinait à articuler.

Xu Aiyuan est venue près du jeune homme et a rempli sa coupe de vin rouge.

Luo Bin a dit : « Vraiment digne de la Reine de la Rose. Après ton départ, Zizang, mademoiselle Aiyuan a mis aux enchères les Contrats de Boost que tu avais laissés, et elle a contacté Moli pour qu’il fabrique davantage de pièces chargées de Chronos pour la vente. Tellement de gens voulaient cette chance de survie qu’ils ont pris tes merveilles pour de vrais trésors. »

« Oui. En général, prime de cinquante pour cent », a dit Boboli.

La femme est retournée s’asseoir.

« Monsieur Luo Bin se moque. Je n’avais pas le choix. Trop de gens venaient me voir. Alors j’ai mis ça sur la table, que chacun fixe son prix. Comme ça, les malintentionnés n’osent pas faire de bêtises en privé. »

Luo Bin a hoché la tête : « Oui. Avec du business ici, beaucoup d’experts maintiennent l’ordre spontanément. D’ailleurs, la rémunération qu’offre mademoiselle Aiyuan est loin d’être mince. »

Yang Zizang a regardé Xu Aiyuan : « Moli m’a raconté tout ça. Merci pour tout ce travail, mademoiselle Aiyuan. Je crains seulement qu’à force, ça n’attire trop de convoitises. »

« On avance et on verra », a dit Xu Aiyuan avec une pointe de lassitude.

La rumeur courait déjà que Yang Zizang avait passé la nuit dans la chambre de la Reine de la Rose. Bien qu’elle n’y soit pas entrée, beaucoup n’y croyaient pas. Cette fois, de retour, avec sa force mentale renforcée, Yang Zizang pouvait analyser froidement la situation : sa nuit chez elle était devenue une carte que cette femme brandissait pour intimider les ambitieux.

Yang Zizang a dit : « Cette fois, je suis revenu principalement pour régler cette affaire. »

« La Cité 11, tu disais ? »

« Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? » a demandé Luo Bin, curieux.

« Sais-tu ce qu’il y a dans les villes classées parmi les 25 premières ? »

« J’ai entendu dire qu’il y avait de bonnes choses, mais ça n’a quasiment jamais filtré. Tu veux dire que dans la Cité 11 aussi, il y a ce genre de bonnes choses ? »

Xu Aiyuan a souri doucement : « Ce n’est pas qu’il y a de bonnes choses dans la Cité 11. C’est que les fragments de la Cité 11 ont, en eux-mêmes, une valeur immense. »

« Exact. Cette ville a été détruite pour des raisons spéciales. La Ville Plaque Tournante d’Argent a transféré certains de ses fragments dans les autres villes du top 25, sous forme d’îles. Si on arrive à entrer au cœur de l’île, on peut pénétrer dans la véritable Cité 11. »

« Je vois. Mais ça ne suffit pas à dissuader les curieux. Tu as autre chose à dire, non ? » a dit Luo Bin. « Qu’y a-t-il vraiment dans la Cité 11 ? »

« Cela concerne ses habitants. Les gens de la Cité 11 étaient les plus forts des trente-cinq villes. Ils… »

« Attends », a dit Luo Bin en levant la main. « Ce n’est pas quarante-cinq villes ? »

Pendant qu’ils parlaient, Xu Aiyuan regardait le visage calme et assuré du jeune homme. Un sentiment particulier est né en elle, mais il a été aussitôt chassé par les silhouettes de toutes ces jeunes filles. Elle a détourné le regard.

Yang Zizang s’est adossé légèrement à sa chaise :

« Ce secret, très peu de gens dans le monde le connaissent. Les premiers à l’avoir su, les habitants de la Cité 11, sont tous devenus des monstres. Les dix premières villes n’ont jamais réellement existé. On les appelle toutes… Chronos Nul. »

« Des villes qui n’existent pas vraiment ? Chronos Nul ? »

Yang Zizang a retenu son souffle pendant quelques secondes, le cœur serré.

Rien d’anormal. Il a doucement expiré, soulagé.

Les convives réfléchissaient aux paroles de Yang Zizang. La porte s’est ouverte. Li Sumei est entrée avec une soupe de vermicelles fumante : « La soupe arrive ! Hé, pourquoi vous n’avez pas commencé ? Vous attendez qui ? »

« Ha ha, c’est vrai. On est venus pour manger, et personne ne touche à ses baguettes. »

« Mademoiselle Aiyuan, je vous en prie. »

« Monsieur Zizang, après vous. »

Tout en dégustant ces plats somptueux, les convives écoutaient Yang Zizang raconter comment les puissants de la Cité 11, en tentant de faire apparaître la « Cité 10 », avaient échoué et tout détruit.

« Quelle catastrophe », a dit Luo Bin en secouant la tête.

« La pluche forte des chités, a échoué », a dit Boboli, les joues gonflées de nourriture.

« Des dizaines de milliers de gens, jusqu’aux monstres et aux grands animaux, se sont tous transformés en créatures d’énergie. »

« Et alors ? »

« Comme dans la Terre Hors-Fréquence, où après la mort, les Moxels deviennent des “Moxels de Déperdition”. Là-bas, quand un humain devient un “Esprit Enchaîné”, il produit un objet appelé “noyau d’Esprit Enchaîné”. »

C’étaient là la plupart des informations que Yang Zizang avait pu obtenir sur la Cité 11 avant d’y entrer.

« Si on l’utilise pour renforcer une Arme de Guerre Chronos, l’arme devient imparrable », a dit Yang Zizang.

Pffff !

Des vermicelles ont jailli des narines de Luo Bin.

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