Chapitre 313 : Silhouettes dans l’aube — Partie 2

«C’est à peine croyable,» dit Zuo Luo, fou de joie, en saisissant le guidon de sa moto. «Tu as accompli un exploit incroyable.»

Le Petit Cheval Rouge avait réussi à guider tout le monde à l’abri du danger.

{Ha ha~} Une clameur s’éleva derrière. {Tout le mérite revient au Petit Cheval Rouge !}

{C’est notre héros.}

La moto, dans un «vroum~», emporta Zuo Luo à une vitesse fulgurante, soulevant une bourrasque. Elle décrivit une brève trajectoire courbe au sol — trois ou quatre petits mètres à peine —, mais qui laissa Zuo Luo figé, comme pétrifié.

«C’est… ?»

Lucius, à côté, dit :

«Hum, notre héros, grâce à cet entraînement spécial, a accompli des progrès stupéfiants. Sa compréhension de la vitesse et de lui-même a radicalement changé.»

Ayant saisi quelque chose, Zuo Luo caressa avec émerveillement la moto Incube — qui semblait avoir subi un entretien complet, ses mécanismes extérieurs paraissant même plus ramassés et plus robustes.

{Dépêchons-nous vers la prochaine destination !} La moto Incube émit une pensée que lui seul pouvait entendre.

Zuo Luo esquissa un sourire. Il regarda Lucius qui le contemplait en souriant. À ses côtés, cette fumée flottait de façon anormale au ras du sol. À l’intérieur s’agitaient encore des silhouettes gélatineuses, serrées les unes contre les autres, sans en sortir.

«Et eux… ?»

«Nous avons déjà choisi une personne pour s’en occuper.»

«Je vois. Merci, Monsieur Lucius,» dit Zuo Luo. «Je ne sais vraiment comment vous remercier pour votre aide si généreuse.»

Les roues du Petit Cheval Rouge tournèrent un peu en avançant. Zuo Luo perçut son impatience fébrile de foncer.

«Hum, c’est très simple de me remercier.»

«Quoi ? Je comptais justement…» Il s’interrompit, puis reprit : «Parce que j’ai déjà obtenu des renseignements par un certain manuel enflammé, je sais qu’il y a des choses qu’on ne peut pas dire. J’espère que vous comprendrez, Monsieur.»

«Tiens, il y avait cela aussi,» Lucius sourit :

«Ne vous rendez pas dans cette République des Deux Lions d’Odliev. Vous n’avez pas les moyens de renverser la situation là-bas par vos propres forces. Même avec la clé pour appât, vous ne feriez que ressortir une carte que vous avez déjà abattue.»

Zuo Luo eut l’air légèrement embarrassé.

Son interlocuteur, pour avoir lui-même été «appâté», était le mieux placé pour deviner ce plan.

Effectivement, ce plan — se rendre à Odliev avec la clé, attirer quelques figures cachées de l’ombre tout en les éliminant par une attaque surprise —, bien que prometteur, présentait un seul problème.

Ce problème, c’était qu’au poste de coordination central de l’opération du Bras de Mer, cet homme et sa puissance avaient déjà été dévoilés.

S’il y allait, c’était uniquement parce qu’il détenait la clé et pariait que l’adversaire n’avait pas pu identifier précisément qui avait fait s’effondrer le poste central et précipité l’eau de mer dans le nœud. Mais faisant partie de l’équipe centrale de l’aérostat, il était difficile pour l’ennemi de ne pas enquêter sur les gens comme lui.

«Ne vous découragez pas.» Lucius, voyant l’expression de Zuo Luo, dit : «Votre courage, et vos efforts pour élaborer en plein péril un plan avec vos amis et passer aussitôt à l’action, je les ai constatés de mes propres yeux. C’est pourquoi je suis ici.»

Il marqua une pause, attendant que Zuo Luo, après une ou deux respirations, le regarde, puis poursuivit :

«Si je vous dis de ne pas y aller, c’est qu’il y a quelque chose de plus important, et qui vous convient mieux, à accomplir.»

La moto émit un léger ronronnement, braquant son phare, à l’allure bien plus normale, vers Lucius.

Lucius baissa la tête, pensif. «Mais… même si je n’ai pas mobilisé de pouvoirs qui dépassent de beaucoup ceux d’un simple Candidat, l’existence de mon réseau d’information et ma connaissance de maints événements occultes sont des faits indéniables. Si je vous confiais directement cette mission…»

Le cœur de Zuo Luo se serra légèrement.

Il vit Lucius relever lentement la tête, le regard doux. «Je vous donne dix secondes. Dix.»

Le regard de Zuo Luo se porta au loin, vers les bêtes sauvages qui, dans les ténèbres, convergeaient en migrant.

Non, ce n’était pas cela. Bien qu’empêcher la migration des bêtes fût certes très important, un ou deux points de convergence ne changeraient pratiquement rien.

«Si ce n’est pas cela…»

La moto bourdonna, impatiente d’avancer d’un tour de roue, mais Zuo Luo, un pied au sol, la retint.

«Donc, ce doit être…» Le regard de Zuo Luo se porta vers l’avant. «Ces zones de radiation nucléaire ?»

Mais une hésitation le traversa.

Le visage impassible, Lucius le regarda : «Le temps presse.»

«Je suis désolé, Monsieur Lucius.»

«Deux secondes.»

«Adieu.»

Avant même que ses mots ne s’éteignent, Zuo Luo tordit la poignée des gaz. Son corps se pencha naturellement en avant. La moto poussa un {youpi} enthousiaste, puis, dans un fracas assourdissant, déchira l’air, soulevant une bourrasque qui fit voleter les basques du costume de Lucius, avant de disparaître dans les ténèbres.

Zuo Luo n’avait jamais senti une telle vitesse, ni son cœur une telle sauvagerie.

Le monde se brouillait, étiré par la vitesse. La moto, passée à l’état psychique, filait. Elle fonça droit sur une maison qui grandissait à toute allure. Zuo Luo ferma les yeux par réflexe.

Quand il les rouvrit, il tourna la tête.

L’image résiduelle de cette bâtisse se trouvait déjà à des centaines, voire des milliers de mètres derrière lui, et, à toute allure, se muait en une ombre grise floue, avalée sous la ligne d’horizon de la nuit.

{Où allons-nous ?}

Sentant son corps dans un état inhabituel, Zuo Luo essaya de respirer, puis, s’y habituant, répondit :

«Nous allons porter des messages à des villes sans aérostat, et en chemin, allumer des feux dans les rassemblements de bêtes sauvages et dans la nature. Nous ne pourrons peut-être pas couvrir beaucoup de terrain, mais… chaque foyer de lianes de fer que nous pourrons contenir sera une bonne chose.»

{Youhou~} s’exclama la moto Incube. {Alors, où allons-nous d’abord ?}

«D’abord, trouver des bidons d’essence.»

Dans le couloir de l’hôtel au décor rétro.

«Youhou~»

Li Aimin, qui venait de sortir de l’encadrement de la porte, poussa un cri de joie en agitant les bras à la vue de ce logis douillet et empli de confort — qu’il n’avait pas revu depuis si longtemps.

«Mon Dieu, Vieux Yang le Président, je n’aurais vraiment pas dû écouter le Vieux Jin. J’aurais dû demander à Carl de te contacter bien plus tôt pour venir ici~»

Les yeux plissés de plaisir, il colla son visage au papier peint en tissu du couloir, savourant la sensation d’une surface dure mais moelleuse contre sa peau.

«Ah~»

Li Aimin prit deux profondes inspirations, puis n’entendit qu’un silence complet. Un peu intrigué, il ouvrit les yeux — et découvrit, contre le mur tapissé, au ras du sol, une souris en fil de laine, toute ronde comme une peluche, arborant un sourire légèrement narquois en levant la tête pour le dévisager.

«Hein ?»

La souris de laine tourna la tête et repartit sans un mot vers la chambre derrière elle.

La tête de Li Aimin suivit le mouvement de la souris. Il la vit longer le mur, pousser une petite porte dérobée, comme un motif décoratif dans la plinthe, et entrer posément.

À l’intérieur, elle tira longuement sur quelque chose, puis en ressortit, traînant d’une patte une échelle de bois étroite à plusieurs sections, et de l’autre, un chiffon blanc duveteux presque aussi gros que la moitié de son corps.

Elle s’arrêta non loin des talons de Li Aimin, leva la tête et, le sourire aux lèvres, toisa cette créature de plus de dix fois sa taille.

«Tu… es une fée ?»

La souris, affichant toujours son sourire impassible, leva son bras chargé du chiffon plié et désigna le mur, comme pour l’inviter.

Li Aimin tourna la tête vers le mur, puis recula de deux pas. Il vit alors la souris de laine approcher, dresser sa petite échelle contre le mur, et actionner de ses menues pattes un mécanisme semblable au moulinet d’une canne à pêche sur le côté de l’échelle pour la déployer progressivement jusqu’à la hauteur d’un homme.

«Aimin.» Li Aimin, qui observait la scène, entendit soudain des bruits de pas dans l’escalier et la voix du Président Yang.

D’un bond, il s’élança en avant, s’interposant instinctivement entre la souris, juchée sur son échelle branlante, et l’escalier.

«Ah ah, comment se fait-il que tu sois là-haut !»

Le cœur battant comme un millier de chevaux au galop, le jeune homme s’avança en riant bruyamment.

«Viens vite, le temps nous est compté.» Dans l’escalier passa la silhouette juvénile. Yang Zicang, qui venait de tourner au coin et descendait les marches, se pencha en arrière pour regarder ce long objet étroit appuyé contre le mur, derrière Li Aimin.

«Qu’est-ce qu’elle a ?»

«Ah.» Li Aimin, gêné, tourna la tête vers la souris de laine, qui se contentait de travailler assidûment sans dire un mot, puis, d’une voix traînante, s’apprêta à répondre.

«Allez viens, dépêchons d’aller signer. On doit retourner au bateau tout de suite après.»

«Oh, d’accord, d’accord.»

Li Aimin dévala les marches en courant.

Derrière le comptoir, le Manager Mous observait les deux jeunes silhouettes qui approchaient.

Il se déplaça d’un pas vers le comptoir, arborant son éternel sourire.

– [Le Distributeur Lochi·Tatamingqi, dans son emploi du temps chargé, a jeté un coup d’œil à ma situation présente.]

Yang Zicang se hâta vers le comptoir. «Monsieur le Manager. Je souhaite enregistrer un nouveau membre.»

«Bien sûr.» Mous sortit de sous le comptoir le registre du Groupe de Voyage Phare.

Vêtu d’une veste en tissu rêche et grossier rapporté de la Centrale Électrique de Tafuke, Li Aimin parcourut du regard le hall de l’hôtel.

Colonnes lambrissées de bois, canapés en tissu comme dans les vieux films, plantes vertes en pots adossées aux murs, étagères garnies d’objets décoratifs ordinaires — tout cela dansait devant les yeux curieux de Li Aimin.

L’ensemble n’avait l’air ni particulièrement luxueux, ni vulgairement ordinaire.

«Mais je dois d’abord vérifier le registre de notre groupe de voyage allié, si vous le permettez.» La voix du Président Yang lui parvint.

«Comme vous le souhaitez.»

La réponse du Manager fit tourner la tête de Li Aimin.

La seule chose un peu étrange ici, outre cette souris, c’était précisément ce manager, et derrière lui, au mur, ce tableau des numéros de chambre à petites cases lumineuses.

Il s’approcha de l’homme devant lui et posa son coude sur le comptoir.

«C’est quoi tout ça, Président ?»

«Hum, le registre.»

Yang Zicang feuilleta rapidement le registre de son Groupe de Voyage Phare. À part Li Qian, aucun autre nom n’était devenu terne.

Il jeta un nouveau coup d’œil, pour confirmation, à la signature de Ning Jiajia et des autres, ainsi qu’à celle d’Anxi, après celle de Cheng Yunze. Rien d’anormal.

Sa main avança vers ce registre fermé portant l’inscription : « Registre de l’Association de Gestion Unifiée des Séjours Hôteliers du Groupe de Voyage du Dragon de la Destruction ». Les yeux de Li Aimin s’écarquillèrent, candides, devant cette longue chaîne de caractères en trois langues.

«Signe dans celui-ci.» Yang Zicang poussa le registre ouvert devant Li Aimin.

Ce dernier, le coude toujours sur le comptoir, libéra le plateau en voyant le formulaire d’enregistrement. Il portait des signatures aux écritures variées — en caractères, en langues étrangères, et même des symboles qu’il ne comprenait pas.

«Cette signature signifie…»

«C’est l’enregistrement pour nous rejoindre.» Le doigt de Yang Zicang tapota les cases vides après les noms. «Écris ici. Les instructions figurent au-dessus et à la page précédente.»

Li Aimin saisit le stylo, parcourut le texte au-dessus des signatures — des instructions relatives aux chambres et aux couloirs de l’hôtel — puis referma la couverture pour en examiner les caractères.

«Ce… c’est aussi…»

Yang Zicang parcourait rapidement les noms du groupe de voyage de Zhao Anlong : «C’est le registre de notre association à l’hôtel.»

Li Aimin resta figé sur place.

«C’est donc ça, notre association, Président.»

Les signatures sur le papier étaient normales — parfait, aucun nom n’était devenu terne jusqu’à présent. Yang Zicang hocha la tête intérieurement. En comptant l’enregistrement de son propre groupe de voyage, même ceux qui avaient quitté l’hôtel depuis longtemps n’avaient pas été réécrits par ceux qui apparaissaient dans le Chemin Doré.

Puis il remarqua l’attitude étrange du jeune homme à ses côtés.

Yang Zicang réfléchit un instant, jeta un coup d’œil au Manager Mous qui les observait paisiblement, et répondit à Li Aimin par un « Hum » :

«Étant donné que cela touche aux questions d’hébergement ultérieur, cette association est absolument nécessaire. Tu comprendras en lisant attentivement les instructions.»

«Oh.» Li Aimin répondit d’un air absent, puis rouvrit le registre. Il prit le stylo, haussa les sourcils en regardant les espaces encore libres sur cette page pas tout à fait remplie, et y inscrivit son nom d’un geste tout naturel.

«Voilà, c’est fait, Président.» Li Aimin, très satisfait de sa calligraphie cursive, s’exclama.

Yang Zicang tendit le cou pour vérifier, puis, peu rassuré, ajouta : «Le mieux serait d’y ajouter aussi ta hache.»

«Hein ?»

Alors que Li Aimin levait à peine son stylo, ne sachant quels caractères inscrire sur le papier, le Train Incube surgit dans le hall en trombe, se matérialisant depuis sa forme psychique.

Yang Zicang le regarda, réfléchit un instant, puis tourna la tête vers la poitrine de Li Aimin.

Il leva brusquement les yeux vers le Manager Mous.

Ce dernier dit à Li Aimin : «Souhaites-tu que ta hache se choisisse elle-même un nom ?»

«Ah, ça.» Li Aimin se gratta la tête. «Hé hé, cela fait si longtemps que j’avais oublié ce détail.» Il regarda Yang Zicang. «Ça ne te dérange pas que je monte dans le train pour aller la chercher ?»

Yang Zicang hocha la tête.

Puis il vit le train osciller rapidement comme s’il avançait sur place, déplaçant ses wagons jusqu’à faire apparaître une portière ouverte. Monsieur le Pompier gravit les marches, jeta un coup d’œil de part et d’autre, et se rua à l’intérieur du wagon.

{Elle est dans la chambre. Je t’y ramène.} Le Train Incube fila à l’étage en un éclair.

«»

– [Le Distributeur Février·Dian a marqué avec exaltation un nouveau nœud pour mon prélude glorieux.]

Yang Zicang, un peu dépité, détourna le regard et interrogea du regard le monsieur derrière le comptoir.

Mous afficha alors seulement un léger sourire, et, d’une voix posée, dit :

«Oui. Bien qu’il y ait encore des restrictions, il est parfois nécessaire que les Incubes symbiotiques et leurs géniteurs communiquent entre eux — à moins que leur relation au sein de l’hôtel ne passe de gardien à concurrent.»

La froideur qui venait de naître dans le cœur de Yang Zicang, en pensant à une certaine personne suite à cette découverte, s’apaisa.

«J’ai… failli croire que… Ah, attendez.»

Yang Zicang repensa à ce qu’avait mentionné l’occupant de la chambre 408.

«Monsieur Mous, sauriez-vous où se trouve cette marmite ?»

«Elle est toujours dans l’hôtel.»

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