Sur le bateau, la femme du président, qui percevait quelque chose, rayonnait d’anxiété.
«Monica, alors ? Ce Yang Buchen n’a toujours pas gagné l’enchère, hein.»
Monica, les cheveux un peu secs d’avoir trop longtemps erré en mer, secoua la tête.
«Jusqu’à présent, il est toujours l’occupant de la 201. Ce Yang Buchen, en tant qu’humain, ne devrait guère avoir de chances de réussir cette enchère. Mais…»
Les sept ou huit personnes dans la cabine savaient bien ce que sous-entendait ce « mais » de Monica. Ce Yang Buchen était entré depuis au moins cinq minutes et n’avait toujours pas été vaincu !
Cela inquiétait ces gens qui pensaient que le résultat serait aussi instantané que le concours de beauté.
Ian se leva et se mit à faire les cent pas.
«Ce fichu Wapi…»
«Il est mort.»
Ian se rua sur celui qui venait de parler et agrippa les épaules de ce costaud à deux mains.
«Mort, et alors ! Toutes les factures de Lueur se trouvent dans son entrepôt qui a dégringolé dans l’auberge. Cette saleté ! On aurait pu rediscuter calmement. Il a fallu qu’il méprise les nouveaux et qu’il emploie la force !»
«Et voilà le résultat ! Le type qu’il a provoqué sort de la Société des Illusions Perdues. Il gaspille le Chronos Nul comme on sème des haricots !»
«Ça suffit !»
Le président Wager donna un ordre, très contrarié.
Dans la cabine, quelques-uns regardèrent Wager, les cheveux coiffés en arrière.
«Wapi est mort. N’en parlons plus.»
Wager savait qu’Ian n’osait tout simplement pas l’insulter en face. Après tout, la décision de faire entrer ce type à l’Éclat dans l’auberge, c’était lui qui l’avait prise.
«Nous devons bien discuter de la manière de régler leur compte à ces gens dans l’auberge une fois les enchères terminées. Il ne faut absolument pas leur permettre de continuer à enchérir sur le troisième étage.»
«Dans ce cas, il ne reste plus que vous, président.»
Les sourcils de Wager se froncèrent légèrement. Bien qu’il eût autrefois recherché un Anneau de Lignée conférant une grande puissance, depuis qu’il avait obtenu les clés de cette auberge, il avait refait la résonance avec une nouvelle statue de lignée afin d’accumuler plus vite des Lueurs. Il n’en était aujourd’hui qu’au troisième anneau.
«Dans notre guilde, seul vous, président, avez éveillé le troisième anneau de votre statue. Si vous synchronisez dès maintenant votre Anneau de Lignée, vous devriez pouvoir rapidement faire naître une ‘Étoile Primordiale’. Ainsi, l’arme la plus dangereuse entre les mains de Yang Buchen ne serait plus forcément mortelle pour vous, même en cas de blessure.»
«L’Arme de Guerre du Chronos Nul…»
Le regard de Wager s’illumina d’une lueur d’examen.
«Mauvaise nouvelle !» Le cri de Monica tira Wager de sa contemplation de cette arme prodigieuse.
La femme regarda Wager avec affolement : «Yang Buchen a quelque chose qui peut contrer la ‘Marque Brûlante du Phénix’ !»
«Comment est-ce possible !»
Dans la cabine, tous se levèrent, saisis.
…..
Grrroum fshhh~
Le micro trou noir aspirait les vagues brûlantes que le phénix faisait exploser, formant dans la pièce un tourbillon ondulant de vagues de chaleur tordues.
«Espèce de… Arrête ce truc que tu tiens !»
Yang Zicang vit avec stupeur que ce micro trou noir, d’un rayon de moins de trente centimètres, créait dans la pièce une dépression locale qui aspirait déjà les flammes des plumes du phénix dans son vortex, comme une fuite sans fin.
Le corps du phénix de flammes luttait désespérément. Les plumes de feu dorées tombaient en bruissant dans le vortex d’énergie qui se rapprochait, pour ne jamais revenir.
Yang Zicang soupesa les cisailles de jardinier, un peu chaudes, dans sa main. Il commençait à comprendre pourquoi Bai Yuan trimballait si bizarrement cet objet.
Il l’avait préparé pour cette chambre.
Car le noyau de feu illusoire qu’on aspirait en face laissait entrevoir, par instants, l’apparence d’une souche d’arbre.
Les cisailles de Yang Zicang s’embrasèrent de flammes illusoires tandis qu’il avançait.
«Arrête !» cria le phénix.
À l’instant où l’Arc Gravitationnel se dissipa momentanément, un bruit sourd retentit. Toutes les flammes non englouties se rétractèrent pour former un pilier de souche, tel un totem de flammes.
Le jeune homme regarda alentour. Sur les murs, le plafond et le sol, les motifs de flammes projetés par le phénix étaient devenus noir charbon, comme de véritables marques laissées par des racines.
Yang Zicang eut un petit rire : «Dis-moi comment tu es lié au phénix.»
Devant lui, sur le totem de souche enflammée, deux pores ovales oscillèrent, fixant Yang Zicang comme des yeux.
Une voix mêlée de crépitements de flammes et de craquements de bois s’éleva : «Ha ! Tu m’as forcé à montrer ma vraie nature. Mais au moins, tu m’as fait naître un nouveau départ.»
Clic, 6V4.
Yang Zicang allait parler quand les points d’intersection des traces de racines calcinées sur les murs se mirent à rougeoyer.
Plusieurs piliers-totems de flammes jaillirent du sol et des murs. Sur chaque pilier brûlaient des flammes en forme de feuilles de platane.
«Tu veux recommencer ton coup de tout à l’heure ?» Yang Zicang ricana. «Tu sais bien que ce genre d’attaque ne me fait pas grand-chose.»
«Qui te l’a dit ! Regarde bien. Voilà mon vrai corps ! Je veux que tu t’avoues vaincu, convaincu !»
La voix du phénix retentit soudain de nouveau, comme une cloche antique. Ses motifs majestueux apparurent sur le pilier de flammes devant lui.
«Le phénix s’est posé sur mes branches ! J’ai été embrasé, mais j’ai fait renaître la vie ! Voilà ma légende — celle du Bois où le Phénix se Pose !»
Les flammes dans tout l’espace devinrent soudain splendides.
Le pilier-totem en flammes révéla sa nature originelle de bois brûlé. C’était bien un platane, un platane où le phénix se pose, entièrement noir comme du charbon mais brûlant encore d’une lumière d’or rougeoyant.
Le tableau d’affichage tourna aussitôt : 7V4. Mais il ne s’arrêta pas et tourna de nouveau. 8V4 !
Un mauvais pressentiment traversa le cœur de Yang Zicang. En trois enjambées, il s’approcha et regarda ce monstre qui, devant lui, se solidifiait de plus en plus en un véritable platane.
Cette fois, le monstre ne l’attaquait pas. Il ne faisait qu’exposer les histoires de son voyage vital.
Cela fit naître chez Yang Zicang, qui voulait lever ses cisailles, une immense résistance, comme s’il n’avait pas le droit d’agir ainsi à ce moment… Il comprit vite : puisqu’il n’avait pas encore pris l’avantage au score, si l’autre n’attaquait pas, lui non plus ne pouvait pas.
«Yo ! Avoir été le perchoir d’un phénix, c’est ton plus grand capital ?»
Le jeune homme regarda la plus grosse branche transversale, où une empreinte de brûlure en forme de serre était clairement visible. Il dut reconnaître que même les marques de ces serres étaient d’une élégance et d’un raffinement exceptionnels.
«Je suis aussi passé de simple graine à arbre gigantesque !»
9V4 !
Les veines des tempes de Yang Zicang palpitaient.
—[Le Distributeur Février.Dian attend la gestation de cette Lumière Glorieuse qui m’appartient.]
Merde ! Yang Zicang comptait mentalement les histoires qui lui restaient et qui valaient la peine d’être racontées. Quel que soit le calcul, la situation devenait très dangereuse !
«Moi aussi, j’ai des expériences dignes d’être consignées !»
Le jeune homme fixa férocement ce tronc de platane réduit à la taille d’un demi-homme : «De faible, je suis devenu, dans l’ancienne trajectoire du destin, quelqu’un qui figure parmi les premiers, et cela en seulement une vingtaine d’heures de temps réel ! C’est le tournant de mon destin !»
Clic ! 9V5. Son tableau avait bougé.
Yang Zicang poussa un soupir intérieur. Cette expérience était valide !
«Je conteste !» Les flammes dans les fissures du bois rugirent.
Yang Zicang pointa immédiatement ses cisailles sur cette souche. «Je te déconseille de m’en donner l’occasion.»
«Pfut… J’ai autre chose à faire que de chipoter sur les bonnes manières avec toi.»
«Ta contestation de tout à l’heure mérite aussi examen. Et cette fausse histoire de phénix, tu ne fais que répéter l’influence de leurs légendes. En quoi cela te concerne-t-il, toi !»
La souche ravala le rugissement de flammes qu’elle s’apprêtait à lancer en contestation. Ses yeux balayèrent la plaque nominative du client. Le score était encore largement en sa faveur, ce qui lui laissait une humeur supportable.
«La légende du bois de platane n’a rien à envier à celle du phénix, car elle fait partie de l’histoire du phénix. Même si tu avais contesté avant, la situation ne serait pas meilleure pour toi. Héhé, sors d’ici. Tu ne réussiras pas. Avoir vu une véritable empreinte de phénix, c’est déjà une aubaine que je t’ai offerte. C’est mon jardin secret, que je ne montre à personne.»
Yang Zicang grinça des dents. Qui aurait envie de voir le jardin secret d’une souche.
Les yeux irrégulièrement disposés sur le Bois où le Phénix se Pose débordaient de contentement. Il savourait l’expression de ceux qui avaient tenté de défier cette chambre et étaient tous repartis bredouilles.
Un humain vaincu par un arbre brûlé : voilà qui était rare dans l’histoire respective des humains et des platanes.
«Dehors, humain. Tu as déjà perdu.»
«J’ai encore des histoires.»
«Espèce de… Tu ne te rendras qu’en voyant le cercueil, c’est ça ! Tu vas encore nous raconter tes fichues expériences d’évasion des griffes des bêtes sauvages ! À part le castor, les histoires d’autres bêtes ne méritent même pas de servir de monnaie !»
Furieux, le Bois du Phénix allait de nouveau déployer sa chaleur. Mais voyant que Yang Zicang levait aussi ses cisailles à mesure que la température montait, il réprima aussitôt son intention d’attaquer.
Cette souche n’avait déjà plus beaucoup de branches.
Yang Zicang regarda le tableau d’affichage et dit : «Même si le phénix a révélé son tronc tout à l’heure comme une histoire de ‘nouveau départ’, cela a aussi été pour moi un tournant.»
«Qu’est-ce que tu racontes, machine à fabriquer de la merde.»
Ce tournant qui venait de se produire n’avait pas augmenté son score. Était-ce parce que ce bout de bois l’avait devancé !
Fichu ! Ce bout de bois, qui connaissait mieux les règles, s’était empressé de raconter le premier l’histoire du tournant de «la vraie nature du phénix de feu».
Mais tout espoir n’était pas perdu…
«Depuis tout à l’heure jusqu’à maintenant, ce bois de platane n’a plus cherché à m’attaquer. Cela devrait compter comme un ‘nouveau départ’, non ?» Yang Zicang dit à voix haute.
[J’estime que ce degré est peut-être encore insuffisant.]
Cela ne constituait pas un «nouveau départ» assez puissant.
«Ah, espèce de singe descendu de l’arbre, tu veux utiliser mon histoire pour me piéger !» Le Bois du Phénix hurla en entendant ces mots. «Regarde bien !»
Derrière Yang Zicang, un pilier-totem s’illumina soudain d’une éruption solaire.
«Voilà le véritable ‘début’ de tout ! Shutcha !»
Leave a Reply